01/11/2026 / NEWSLETTER NOVEMBRE 2026

NEWSLETTER NOVEMBRE 2026

Ami·es!

‘C’est les ténèbres!’ Novembre roussit dans les arbres qui nous restent. On verra s’il fait chaud, s’il fait froid, si la nuit brille et de quoi, si la rue remue comme on l’aime, combien de temps. Pour la suite du monde, voyons-nous. Voici où, par exemple:

#01 Seule, Zoe Heselton tend son blues du bord du gouffre comme une corde de funambule ensorcelée. En trio, elle l’enrichit sans rien ôter de son danger. En sextet, elle le soumet à toutes les intempéries. En plus de ces trois formules, nous pourrons la voir ce mois-ci mettre en musique et en électricité le récit live de la grande reporter Manon Quérouil, en compagnie du musicien Quentyn Risjeterre. Un haletant récit de voyages intitulé « Passeuse d’histoires », entre photoreportage et lecture musicale.

#02 Avec Soy Tierra, Borja Flames & Barbara Dang donnent un très envoûtant récital au confluent de la poésie sud américaine et espagnole et d’une musique contemporaine élargie (piano préparé, motifs médiévaux, spoken word et plain chant). Cosmique et tellurique.

#03 Pour son « live cinéma », Vincent Moon installe ses tréteaux pour trois dates au Pakistan et une au Bangladesh, dans un dispositif un peu forain où se mêlent concert à décollage vertical instantané, messe de fortune et lanterne magique.

#04 Sous l’égide commune de Burton et Dürer, « Anatomie de la Mélancolie » est la nouvelle création d’Alexis Degrenier. Percussions, voix fragmentée, électronique et petites lumières réactives servent de dispositif à cette fascinante encyclopédie sonore des affects, où le compositeur-théoricien donne des formes toujours plus neuves, intransigeantes, lumineuses et matérielles à sa recherche conceptuelle (corps empêché, romance contrariée entre le geste et la technologie, saturations, ruptures, transformations…).

#05 Sourdure a saigné ensemble toutes les musiques de bal dansées sur la diagonale du vide: électro chercheuse, techno fêlée, hip-hop rebondissant, dans une seule éprouvette sonore, fuselée, explosive.

#06 Radio Hito continue d’envoûter avec ses morceaux itératifs, idéalement maigres et génialement texturés. Sa façon de composer et de jouer de la musique relève peut-être avant tout d’un grand sens de l’espace. Troublant, habitable, épuré, toujours mystérieusement réorganisé.

#07 Das Kinn, qu’en dire encore ? Fumigènes en guise de cigarettes, dance music de barricade, préparatifs de fête pour le jugement dernier : tout le monde s’éclate à la queue-leu-leu. Boum.

#08 La Tène publie un nouvel album, « Meinetta/Tardive », sidérant monolithe modal, peut-être plus sphérique qu’horizontal, où cabrette auvergnate, harmonium indien, cornemuses, guitares à 12 cordes, basse monosyllabique, batterie motorique et percussions expérimentales s’enroulent en une trémulante pelote bourdonnante d’harmoniques et d’humeurs.

#09 Thomas Bonvalet, dont on sait qu’il souffre d’hyperacousie, joue désormais sans électricité, la musique la plus infime et la plus débarrassée qui soit. Peut-être aussi la plus intense, pour toujours. Un très beau film documentaire, « Le Silence du musicien », de Stéphanie Régnier, lui est en outre consacré, qu’il vous est loisible de voir ici ou là, ici et là.

#10 Nina Garcia semble atomiser toutes les musiques qui la précèdent dans un immense maelstrom de textures ombrageuses, abrasives et dentues, d’échos subliminaux et de fureur concentrée. Sorte d’équivalent sonore des plus beaux noirs de la peinture (Caravage, Goya) et de la gravure (Blake, Redon), son boucan magnifique produit aussi des lumières inédites.

#11 Stranded Horse & Boubacar Cissokho font carillonner à quatre mains de sinueuses balades où folk mandingue, mayola et blues alangui cahotent de conserve, soulèvent de la poussière et brillent au soleil.

#12 Premier envoi remarqué de Yann Tambour, Encre sortait son premier 45-tours il y a aujourd’hui 26 ans. Il devait durablement marquer les esprits, avec son mélange alors assez inédit et imprudent, de samples orchestraux désaxés, de musique concrète, de mauvais sang poétique et de noirceurs en spoken word. Encre nous revient donc en quartet inédit, avec harmonium, cuivres écorchés, cordes et cloches, pour reprendre les choses à zéro et fissurer ses propres noirceurs.

#13 Arlt fête ses 20 ans d’amour flou en agrandissant ses chansons à trous. Une guitare bégayante, un unisson vocal dépareillé, quelques magnétos K7, un clavier de fortune, une épinette, des ballons et des cailloux suffisent à faire surgir fanfares, grandes orgues, chutes de neige et accidents d’oiseaux.

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