02/03/2026 / NEWSLETTER MARS 2026
NEWSLETTER MARS 2026
Ami·es, chèr·es camarades,
Voici Mars, premier mois du printemps. Ce printemps que l’immense Valère Novarina, qui vient de nous quitter et que nous aimions tant, se plaisait à rappeler qu’en son patois alpin il se disait « Saillifeu », et qu’il surgissait d’un coup, comme une saillie, comme le feu. C’est ce débordement soudain, pulsif et radical que nous nous souhaitons à tous, accompagné des artistes que voici :
#01 Il faut les voir pour croire: les prêches renversants et vraiment opérants de Zoe Heselton dont les chansons torsadées entrelacent la boue du blues, le feu du flamenco, l’hélium du jazz (tous les éléments) et vous dilatent absolument.
#02 Archet d’égorgeur, bleeps, glitches, occitan déviant, science modale poussée et rythmicité non euclidienne, Sourdure pratique encore et toujours de ces musiques capables à elles-seules d’invalider pour longtemps les oppositions mille fois jaunies entre tradition et soi-disant modernité, musiques urbaines et rurales, mémoire longue et combustion spontanée.
#03 Avec ‘Dispars’, Clara Levy & Alexis Degrenier donnent peut-être concrètement et pour l’oreille ce que Fernand Deligny appelait des lignes d’erre, “où les stations, retours, balancements et boucles obéissent à des invites à la fois réelles et imaginaires, décodées, ouvertes en constellations et non clôturées en système”.
#04 Rien Virgule joue magnétiquement un folk-horror sonore, fait de ritournelles enfantines délayées dans l’impro brute, aux textures ultra-granuleuses, aux échos longs et à la prolifération, hallu comprise, de tous les genres de champignons. Ces prochaines dates seront probablement les dernières avant l’été, le temps de se reposer les oreilles.
#05 Arlt fait des trous dans la langue et dans ses mélodies, fait des trous dans la mémoire commune, fait des trous dans la mort et transforme tous ces trous en passages secrets vers un monde où tout est titubant.
#06 Groupe à jamais bruyant et libre, Papier Tigre fait fulminer encore l’équation guitares- batterie-vocifération en une version trois fois nucléaire de ce qu’on appelait jadis le rock, de sa version la plus élémentaire à ses terminaisons les plus émancipées.
#07 Winter Family joue de la musique d’orgue avec les poings jusqu’à ce qu’elle devienne bleue. Il y a aussi des boites à rythmes très affolées, des drones ventrus et sales, et de la grâce à foison.
#08 Borja Flames a une façon étrangement suave d’élaborer des concepts puis de les agencer en chansons sexys et raides, cérébrales et dansantes, plus impaires que vraiment boiteuses mais jamais tout à fait d’équerre. Ce qui fait de lui, à bien y penser, une première partie assez idéale à Bertand Belin, comme ici à La Cigale, hip hip hip!
#09 Das Kinn, pour aller vite, est un peu à la house music ce que Neu! ou Faust étaient au rock n’ roll, une version rafistolée, auto-réflexive, burlesque et offensive. On aime et vous aimerez sa façon toute festive de gâter la fête.
#10 Matt Elliott écrit, chante et joue des chansons au cœur desquelles fin-de-siècle rime avec fin du monde et c’est d’une sensualité d’encre. Vous aimez les frissons, vous en aurez!
#11 Revoici Vincent Moon pour six heures (!) de ‘Live Cinéma’ : on y entre et sort librement, à la recherche de fulgurances et d’expériences radicales. Lanterne magique ou caméra-boule-de-cristal, fragments du monde entier, arpentages spirituels, cérémonies bouillonnantes.
#12 Les joyeux drilles de La Tène jouent moins de la musique sombre, entêtante, intense, qu’ils ne la creusent infatigablement, comme un puits, comme une question lancinante, dérangeante et éternelle.
#13 Quelle joie d’accueillir Milkweed, duo britannique tout ce qu’il y a d’envoûtant qui, avec un banjo, une guitare dissonante, des bandes magnétiques gondolées et une bouche pleine de fantômes, tient le journal ultra-hanté du folk insalubre à travers les âges.
#14 A tout ce que l’époque a de mesquin, étroit, inconséquent et fermé, Stranded Horse & Boubacar Cissokho opposent de longues chansons ouvertes, hospitalières, alternatives au sens propres et respirables infiniment. C’est du folk à ciel ouvert, diurne où tout pousse encore, vert et vif.

